top of page

Travail et "après-cancer" du sein : un enjeu de société


Chaque jour en France, 1200 personnes apprennent chaque jour qu'elles ont un cancer. Parmi ces malades, de nombreux ont une activité professionnelle. Ainsi, près d’un million de personnes en activité professionnelle sont touchées par un cancer. Sans compter les 3 millions de proches aidants qui travaillent...

Concilier travail et maladie est un défi permanent et quotidien pour toutes ces personnes. C’est pour cela que dans le cadre du le Plan cancer stratégie 2021-2031, le maintien dans l’emploi des personnes malades reste l'une des priorités.

Et quand les traitements sont terminés ?

Grâce aux progrès des traitements et de la prise en charge précoce rendue possible grâce au dépistage, de plus en plus de femmes atteintes d’un cancer du sein sont en rémission et guérissent. Elles vont donc entrer dans la phase de l’"après-cancer". Pourtant, la maladie reste souvent un stigmate et la vie reprend rarement comme avant.

L’étude Canto - une étude coordonnée par le Dr Inès Vaz-Luis, oncologue médicale et chercheuse à Gustave Roussy - s’intéresse à l’impact de la maladie et des traitements lors de l’"après-cancer". Tous ces effets ont des répercussions sur la qualité de vie des patientes, leur vie sociale et peuvent même compromettre leur adhésion aux traitements.

L’Inserm vient de publier l'un des volets de cette etude : Cancer du sein, Impact sur l’emploi. L’étude Canto-Work, menée par des chercheuses de l’Inserm, révèle des statistiques peu connues sur l’impact du cancer du sein sur l’emploi des femmes en France. En effet, 21% des femmes diagnostiquées avec une forme localisée ne reprennent pas leur travail deux ans après. Cette réalité met en lumière des facteurs variés, allant au-delà des seuls effets cliniques des traitements. Les traitements - tels que l’ablation du sein et la prise de traitement (à l'instar d'un anticorps monoclonal donné de façon régulière à certaines patientes atteintes de cancer)- jouent un rôle significatif dans cette non-reprise, tout comme les séquelles physiques et psychologiques, qu'il s'agisse de douleurs neuropathiques ou de fatigue émotionnelle. Comme dans d'autres cancers, une fatigue émotionnelle peut perdurer jusqu'à quatre ans après la fin des traitements du cancer. Cependant, la recherche dirigée par Gwenn Menvielle, épidémiologiste à l’Institut Gustave-Roussy et ses collègues, montre que les facteurs socio-économiques et familiaux sont également déterminants. Les femmes avec trois enfants ou plus, sont davantage affectées, particulièrement dans les milieux défavorisés. Le changement de priorités, avec un accent mis sur la vie privée au détriment de la professionnelle après le cancer, est un autre aspect notable. Ce phénomène est influencé par divers facteurs, tels que le manque de soutien managérial, les craintes de rechute, ou encore une nouvelle appréciation de la vie post-diagnostic. A noter, les employés reprennent moins le travail que les cadres. Face à ces défis, l’étude propose des solutions personnalisées. L’usage d’outils numériques, couplé à des contacts humains, est une voie envisagée pour faciliter la réinsertion professionnelle. Des applications comme Résilience et Alex, développées respectivement par Gustave-Roussy et la start-up Wecare@work, visent à gérer respectivement les symptômes cliniques et à accompagner les patientes dans leur parcours professionnel. L’objectif ultime, souligne Gwenn Menvielle, est de permettre aux femmes de choisir en toute connaissance de cause leur trajectoire professionnelle, tout en assurant une reprise de qualité et durable. Cette étude marque une étape cruciale dans la compréhension des enjeux liés à la reprise du travail après un cancer du sein et ouvre la voie à des interventions ciblées pour améliorer la qualité de vie de ces patientes grâce à la reconnaissance de symptômes qui sont souvent banalisés par le corps médical.

Allier travail et cancer, c'est un enjeu sociétal porté notamment par Arthur Sadoun, patron du troisième groupe mondial de communication Publicis, qui a lancé à Davos un appel aux grandes entreprises pour "faire tomber le tabou du cancer au travail". Espérons que tous ces résultats et prise de parole fassent bouger les lignes !



Rédaction : Oriane Noir et Dr Pierre-Edouard Debureaux, hématologue, Hôpital St Louis

Comments


bottom of page